Une éthique de l’information ? Pour quoi faire ?

Information dans son acception « Données – Informations – Connaissance » propre à l’Intelligence économique.

Les notions de vérité et d’éthique sont indissociables.

D’aucuns les voient comme des valeurs intangibles, d’autres comme relatives, non pas souples ou fluctuantes mais appréciées et appréciables selon des critères environnementaux (économique, sociétaux, culturels etc.) ou personnels (éducation, cultuels etc.). Pour Descartes par exemple « Chacun est fait de sa propre vérité » son « ergo sum » est à lire comme « je suis fait DE ce que je pense » (et non pas « je pense donc je suis »), de même Kant pour qui toutes les vérités (opinions) sont respectables. Sans même évoquer Machiavel pour qui l’éthique et la vérité n’ont de réalité que le temps de leur utilité. Néanmoins, de même que pour Dora qui voit la politique et l’éthique sans lien de subordination mais se croisant pour produire une valeur nouvelle supérieure située au croisement fécond de la morale et de la déontologie : « l’éthique est un combat de l’homme avec lui-même où le meilleur gagne », la question mérite d’être posée :

Peut-il alors y avoir une éthique de l’information ? … Peut-être, mais je ne vois pas comment.

Une information est une donnée transformée par l’intelligence,

contextualisée en d’autres termes. Sauf à considérer le cas de la presse économique dont le comportement devrait – normalement – respecter les piliers constitutifs d’un présupposé éthique (Bernier) ou les obligations du journaliste (Elliot) et, même dans ce cas de figure, ce sera au journaliste d’avoir une attitude éthique. Pour autant la cohabitation entre « éthique » et « Intelligence économique » n’est pas exempte de questionnements à plusieurs égards et le sujet est d’une profonde complexité car, en l’espèce, il n’y a ni règle ni loi applicables ou, plus précisément, opposables. Il n’y a ni règle ni loi opposables parce que dans un monde globalisé et numérique il y aura toujours un endroit où ce qui est proscrit ici sera permis ailleurs. Ainsi l’éthique reposera donc uniquement et pleinement entre les mains de « l’observateur-analyste » qu’il soit veilleur ou dirigeant. Certes, on pourrait garder comme hypothèse un environnement juridiquement et culturellement circonscrit ( par exemple, les moyens que j’utilise pour surveiller mon concurrent sont ils éthiques ?) or, même dans ce cas, on ne trouve pas de règles déontologiques qui s’imposeraient à la profession. Parmi toutes les situations possibles, citons en quelques unes : • Les données recherchées, collectées, sont-elles libres ou protégées ? et quand elles sont protégées, le sont-elles par souci de discrétion ou par la loi ? • Si des données protégées par la loi sont portées à ma connaissance malgré moi, ai-je le droit d’en faire usage ? de les transformer en information exploitable ? • Et le droit – légitime – à l’oubli, comment dois-je l’apprécier ? Imaginons un dirigeant d’entreprise – au hasard Spanghero – dans 5 ans, dans 10 ans, vais-je tenir compte de la fraude constatée ? Concernant la société incriminée ? Son dirigeant licencié depuis ? Les deux ? Autre hypothèse, celle d’un faisceau d’informations qui me permet de soupçonner avec un fort degré de probabilité qu’un fournisseur – sous-traitant – met un de mes clients en péril… Dois-je garder cette information ? La partager avec mon client et mettre une entreprise en danger sur la base de soupçons ? Bien sûr il y a quelques lois secondées par la CNIL pour les particuliers mais on voit bien avec ces exemples que cela ne suffit pas.

En conclusion provisoire.

À celui qui décide de faire de l’I-E son métier Il faut des règles déontologiques rigoureuses et un code moral solide pour toujours, et pas seulement à chaque fois que nécessaire, mesurer son action et celle de ses collaborateurs à l’aune de cette grille d’analyse. Il faut aussi, et ce n’est pas le moindre des challenges, réussir à faire comprendre et accepter ce code et ces règles à ses clients. Ainsi, selon toute probabilité, si éthique et Intelligence économique ne sont pas naturellement compatibles, elles doivent être rendues tolérantes à la condition d’un cadre rigoureusement défini, régulièrement mis à jour, et garanti par l’autorité en la personne du dirigeant.

 

André A. Anglade  Surveillance Economique, Ethique & Réglementaire

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