Open-Data (bis repetita), mythe ou réalité virtuelle ?

Dans le cadre d’une contribution collective autour de l’Open Data, je relatais un papier consacré à OpenDataSoft écrit par Matthieu Deleneuville.

Matthieu Deleneuville y présente l’usage fait des données de transport et l’intérêt qu’y trouve – ou qu’y ont trouvé – certains grands opérateurs tel Kéolis. J’écrivais que cela est certainement aussi intéressant qu’exact mais j’ai eu l’envie de prendre un peu de recul.

Je vous en propose une réécriture ici.

Car, telle l’eau qui sourdre, une question s’impose : L’OpenData existe-t-il réellement ou bien n’est-il à l’économie réelle que ce qu’est Nabilla à la pensée philosophique : une belle conception aussi artificielle qu’inutile ?

Pourquoi une telle question ? Parce que ça ne décolle pas !

Prenons trois acteurs qui se revendiquent de l’Open Data dont au moins deux pure players. OpenDataSoft, citée dans son article par Matthieu Deleneuville, Data Publica, pareillement installé à Paris, Et Antidot en plein cœur de Lyon.

Certes, si ces trois là ne font pas à eux seuls le marché de l’Open Data en France, ils n’en sont pas moins des acteurs sérieux et représentatifs. En outre aucune raison de penser que ces entreprises ne sont pas dirigées par des gens sérieux et compétents, d’autant moins que pour avoir croisé l’un d’entre eux je peux en témoigner mais, l’espace de quelques instants, soyons un peu objectifs :

« l’Open Data en France, combien de divisions ? »

Data Publica, Présidée par François Bancilhon, existe depuis 2010 (ou 2011 selon l’entité juridique prise en considération) et affichait un CA d’un demi million d’€uros pour l’exercice 2015 avec une vingtaine de collaborateurs, dirigeants compris. Antidot pour sa part, présidée par Fabrice Lacroix, son cofondateur en 1999, évoque une grosse quarantaine de collaborateurs, un CA par salarié inférieur à 70 K€ et une perte de presque 600 000 €uros lors du dernier exercice fiscal (2014). De son côté, Opendatasoft, présidée par Jean-Marc Lazard et créée en 2011 comme DataPublica, annonçait à peine plus d’un quart de million d’€uros pour son dernier exercice déclaré et une quantité de clients proprement hallucinante par le nombre et par la qualité : • Ministère de l’intérieur, • Suez environnement, • GrDF , • Ministère de l’éducation nationale, • la Région Ile de France, • La ville et le Comté de Durham (NC, USA) • Infogreffe, • AFD, • Onet, • RATP, • EDF, • Total, • Saint-Gobain, • Keolis, • Mairie de Paris, • Véolia, • SNCF + + + + …Whaouuu !

« derrière la magie »

Et « derrière la magie » (sic) on compte pareillement une vingtaine de personnes, dirigeants compris le tout pour 257 000 €uros de CA ! Cherchez l’erreur.

Ces données sont publiques et extraites des sites Internet des entités (donc voulues et assumées par leurs dirigeants respectifs ) ainsi que du site Société.com alors, résumons, 3 sociétés de capital privé (c’est important) qui existent depuis 5 ans, voire 15 ans pour Antidot, et totalisent moins de deux million d’€uros à elles trois1… pour moi, ça n’est pas un « marché », ce n’est même pas une niche ! Peut-être que ce marché existera un jour (traduire : un besoin qui rencontre une offre) pour le moment, je n’y vois que vaines espérances déconnectées de la réalité et se nourrissant d’abstractions. Ce qui n’ôte rien à l’intérêt que suscite l’article ni à celui des possibilités envisagées et, encore moins, à la respectabilité des entreprises évoquées ici2 !

1 En considérant généreusement la part d’activité qu’Antidot consacre aux « données ouvertes » avec son « AIF ». 2 Même si je reste tout de même circonspect devant le décalage entre les références affichées d’OpenDataSoft et son volant d’affaires !

André A. Anglade  Surveillance Economique, Ethique & Réglementaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *