En négociation les choses sont parfois complexes mais rarement compliquées.

Une solution chimique mute quand on modifie ses conditions de température et de pression ou qu’un déséquilibre intervient.

C’est du déséquilibre que nait l’explosion.

Selon les cas, cette solution cristallisera, deviendra opaque ou durcira plus ou moins… et c’est ainsi qu’on fait de la pâtisserie ou du pain

Dans tous les cas, ce sont les éléments les moins stables, le plus agités, qui mutent les premiers…

En chimie comme en société, quand l’équilibre est détruit, la situation se dégrade !


Parfois elle mute pour seulement « transformer l’eau en vin » : en 1968 avec les conséquences que l’on sait
un peu partout ou bien encore  au Québec avec ce qui s’appellera « la crise d’Octobre » en 1971.


 « C’est la multiplicité des lois qui opprime et la simplicité qui égalise »

Gaspard Koenig – Les Echos, janvier 2019.

Gaspard Koenig écrit dans les Echos [1] que « c’est la multiplicité des lois qui opprime et la simplicité qui égalise » et il ajoute « [l’extension du champ] de l’abus de droit cherche […] à atténuer le symptôme faute d’éradiquer la cause ».

Ce travers, atténuer le symptôme faute de soigner la cause, est un piège fréquemment tendu au politique et au dirigeant d’entreprise.

Car  ceci ne touche pas que les grands sujets sociétaux et concerne aussi l’entreprise : LIP [2] à Besançon (Fr) en 1970, Electrolux à Assomption [3] (Qc) en 2014  sans compter tous ceux auxquels le lecteur peut penser !

« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! »

Une crise se résout quelquefois par une bonne communication… mais, ça ne suffit pas toujours et il faudra alors mettre en place une écoute, une consultation !

Résoudre une crise – notamment sociale – par la consultation consiste à prendre le problème dans le bon sens et à ne pas inverser les facteurs.

  • Permettre à ceux qui sont concernés de décrire les symptômes
  • Permettre à ceux qui le veulent de poser un (des) diagnostic(s)
  • Permettre à ceux qui le peuvent de proposer un (des) remède(s)

Toutefois, en laissant un champ libre, il est certain que les deux étapes « symptômes et diagnostic » seront négligées au profit des remèdes.

Auquel cas surgiront les « Y-a-Qu’A , Faut qu’On » et les recettes éculées souvent tirées d’un paradigme dépassé.

LIP avec sa réponse d’autogestion aussi pertinente qu’une proposition de fauteuil roulant à un aphasique ou Electrolux (ou Heuliez [4] 2013 ou Camif [5] 2009 en Fr) avec des subventions alloués par des politiques en réponse à un problème de stratégie économique,

Prenons un exemple banal dans son expression :

« des conditions de travail jugées trop dures », ce qui n’est ni l’expression d’un symptôme ni d’un diagnostic et dont la réponse attendue sera… une augmentation de salaire.

Aussi légitime que puisse être une augmentation de revenus, elle ne peut être satisfaisante face à des « des conditions de travail jugées trop dures ».

En revanche, nul ne dit qu’une consultation – si consultation il doit y avoir – doit imposer une démarche séquentielle selon un ordre « Symptôme », « Diagnostic » et, éventuellement, « Remède ».

On peut fort bien laisser s’exprimer qui veut, sur le chapitre qu’il veut au moment où il le veut -et désormais par le canal qu’il veut y compris celui des RSN – sous condition toutefois d’avoir été clair au préalable sur la démarche et les objectifs.

Une bonne démarche pour une bonne consultation :

  • Par exemple laisser le choix des sujets libre, sans restriction, mais dire que les remèdes déjà mis en place ne seront pas remis en cause avant d’en avoir apprécié les résultats.
  • Dire que les interventions seront classées par chapitre… dont le choix est libre (donc pas confié à un modérateur possiblement jugé partial – à tord ou à raison – comme le DRH par exemple !).
  • Dire que si chacun s’exprime librement, nul n’a le droit de répondre ou d’objecter aux interventions d’un tiers : principe fondamental du brain storming !

Et fixer des objectifs : Un objectif est « daté », « chiffré » et « mesurable », sans quoi vous prenez le risque de créer de la frustration, de l’incompréhension bref, en un mot, d’injurier l’avenir.

Après, vous pouvez toujours répondre à un problème social en proposant de repeindre les vestiaires – ou de modifier encore la vitesse des automobiles sur les routes– mais ça ne durera qu’un temps et toutes les parties seront perdantes.

Le sujet n’est pas neuf.

une réalisation méconnue de Gustave Eiffel. Le « pont neuf » à Châtellerault dans la Vienne (Fr.)

Dans une pièce de théâtre consacrée à Gustave Eiffel [6], Alexandre Delimoges, l’auteur, illustre un épisode lors duquel ses ouvriers exigent une augmentation de leur salaire horaire faute de quoi ils ne refuseront de remonter sur les échafaudages pour finir la Tour.

La situation est tendue :

  • Ils sont déjà les mieux payés d’Europe (à titre de comparaison le pont de Londres, l’autre construction exceptionnelle en Europe, paye moitié moins bien ses monteurs),
  • Cette nouvelle demande est la énième d’une longue série dont la fréquence va en augmentant,
  • Ils travaillent dans des conditions de sécurité exceptionnelles (aucun mort ni blessé grave durant toute la construction de la Tour la plus haute du Monde en 1887 !),
  • Nous sommes à quelques semaines de l’inauguration attendue par tous – presse, public et pouvoirs publics inclus – pour l’Exposition Universelle.

Bref, il y a un lourd parfum de chantage dans l’air et rien n’incline à penser que les choses en resteront là si le représentant des ouvriers obtient satisfaction…

Une leçon de management !

Gustave Eiffel, si on en croit Delimoges, a l’intelligence

  • de calculer le montant que représente cette augmentation pour toute la durée qui reste au chantier, donc d’en changer l’échelle
  • de la bonifier significativement, et donc de transformer malgré lui le négociateur en allié ,
  • et d’en différer le paiement à la date de fin du chantier sous condition que l’échéance prévue soit respectée inscrivant ainsi la négociation dans un jeu gagnant-gagnant.

Il assortira cette proposition d’une menace tout aussi irréaliste que celle des ouvriers consistant à licencier tout le monde et à « embaucher des ‘jaunes’ qui piétinent déjà à la porte du bureau ».

La menace était irréaliste pour ce qu’elle présentait de risques en termes de qualifications, de compétences à acquérir et de délais mais celle des ouvriers ne l’était pas moins tant était grande la fierté – et l’aura – qu’il y avait à être de « ceux qui l’avait faite ».

Le travail reprendra, la Tour sera finie dans les délais et Gustave Eiffel – seul investisseur dans sa Tour – sera remboursé de tous ses coûts en un an seulement quand il en avait prévu 6 !

En matière de consultation les choses sont parfois complexes mais rarement compliquées.


[1] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0600519279245-nabusons-pas-de-labus-de-droit-2236731.php

[2] https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00516313/document

[3] https://www.ledevoir.com/economie/404046/le18juillet2014-la-fin-d-electrolux-a-l-assomption

[4] https://www.usinenouvelle.com/article/heuliez-un-scandale-francais.N127353

[5] https://www.lsa-conso.fr/la-camif-placee-en-liquidation-judiciaire,101198. Reprise depuis par le groupe Manutan, celui-ci semble démontrer que les choses auraient effectivement pu être différentes.

[6] https://sortir.telerama.fr/evenements/spectacles/gustave-eiffel,-en-fer-et-contre-tous,n5623923.php i

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.