Mulliez : Dynastie ? Empire ? Hydre à mille têtes ?

Non, trois fois non, la meilleure métaphore serait celle d’une galaxie avec ses soleils, ses planètes, ses étoiles en création et quelques trous noirs d’où rien ne s’échappe et surtout pas de l’information.

Le capitalisme ne manque pas de dynasties et l’Europe francophone nous en propose quelques beaux exemples mais aucune comme les Mulliez !

Certaines ont survécus aux aléas économiques avec le soutien d’alliés incongrus (les Mendel-Seilleire), certaines sont modestes et provinciales quoique très respectables (Lavrard – MACC) d’autres, encore naissantes, résistent malgré elles si j’ose dire (Lagardère) sans négliger des dynasties mourantes d’où on vit rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux (Bolloré). Mais aucune ne ressemble de près ou de loin à la galaxie Mulliez (prononcer Mullié).

Inutile de faire ici la liste des enseignes et sociétés qui composent cette galaxie, elle serait interminable et probablement pas exhaustive sans compter que l’intérêt n’est pas dans l’énumération (feue Générales des Eaux devenue Vivendi comptait 2 300 filiales avant que Messier ne la préside) mais largement plus dans le fonctionnement interne et la complexité des interactions que régit le PACTE.

Pour situer les choses : il semble que presque 10% de ce que dépensent les ménages français l’est dans une enseigne ou une société de la galaxie[1].

10% : une matinée de travail par semaine, 2 jours par mois ! … de la totalité des 65 millions de français !

Ne voyez pas là une critique de ma part mais bien de l’admiration pour la double performance du score et de la discrétion que le groupe[2] réussit à entretenir. Vous lirez (souvent) des critiques sur Total qui pollue, sur Arnault qui fuit les impôts, sur Carrefour qui enlaidie nos villes et campagnes. Rien jamais ou presque sur Auchan, Picwic, Jules, Leroy-Merlin, Saint Maclou, Pizza Paï etc.

Mais revenons à l’essentiel, revenons au pacte. Il ne manque pas de famille dont le fondateur aura essayé de fixer les règles de fonctionnement dans un document légué à la postérité. Parmi les plus célèbres je pense notamment à John D. Rockefeller dont la résilience est le témoignage d’un certain succès. Mais la « constitution » qui régit le fonctionnement des héritiers Mulliez, car il s’agit plus d’une constitution que d’un pacte, cette constitution est exceptionnelle à plus d’un titre : elle semble fixer les fondamentaux et laisser libre court à la liberté d’actions individuelles, elles mutualise les avantages d’un socle sécuritaire sans exonérer le récipiendaire de ses responsabilités, elle organise sa propre survie par l’attention portée à sa jeunesse (les jeunes héritiers des héritiers) en plus ou à côté du noyau familial élémentaire et, encore plus étonnant, elle accepte en son sein des membres pour la seule raison qu’ils ont été épousés !

Ce pacte ou cette constitution de « Tous dans Tout »[3] ne se satisfait pas de décider et de régir quand surgit un problème, elle anticipe et fixe le cadre – sinon les règles – pour résoudre le futur problème qui ne manquera pas de surgir un jour !

Enfin, mais cela est visiblement commun à une grande majorité des familles dont l’entreprise survit au temps, la foi y semble un socle important, se substituant s’il le faut à la loi (notamment fiscale !).

Admiration et respect est encore la meilleure façon d’exprimer mon sentiment vis-à-vis de cet ensemble qui relève plus de l’objet social que d’une famille. Famille dont j’ai eu l’occasion de croiser quelquefois un des membres lors de réunions consacrées au réseau entreprendre[4].

Il est probable que c’est cette impression laissée par André Mulliez qui influence mon sentiment vis-à-vis de cette famille d’entrepreneurs pragmatiques et philanthropes mais, tout de même, comment penser à mal quand un de ses membres dit au sujet de l’argent :

« L’argent est comme le fumier : En gros tas, ça sent mauvais mais, bien réparti dans les champs, ça permet de bonnes récoltes. »

[1] Hors loyers réels et achats automobiles sur la base des chiffres INSEE

[2] « Groupe » est totalement inapproprié concernant les société qui composent la galaxie familiale mais, faute de mieux…

[3] Lire « Le secret des Mullliez aux éditions de la Borne Seize. B Gobin et G d’Herblin

[4] André Mulliez, Président fondateur du réseau entreprendre.

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