La naissance de « l’occasion » dans la pensée stratégique chinoise.

L’occasion est au croisement fécond des événements et des circonstances pour l’acteur qui sait y voir une opportunité ; la question est alors pour le stratège d’être prêt au bon endroit et au bon moment.

D’une certaine manière « créer l’occasion » est consubstantiel de la pensée stratégique chinoise.

Un mot sur l’Afrique

Ce paradigme de la circonstance, propre à la Chine, est aussi pour partie une forme de la pensée africaine (Cf. Hampâté Bâ et particulièrement « l’étrange destin de Wangrin ») ce qui, peut-être, pourrait expliquer à la fois le succès de la présence chinoise en Afrique (le basculement des échanges économiques vers la Chine au détriment de l’Europe est d’une facteur 4 à 8 selon les pays – Cf. Guy Gweth et notamment « 70 chroniques de guerre économique » et sa turbidité particulière : l’occident à nombre de quartier chinois que ne connaît pas l’Afrique.

Un mot sur l’occident.

Quand le stratège chinois « crée » les circonstances (l’occasion), l’occident dans son magistère états-uniens, les impose par “la mobilisation des tous les moyens à sa disposition en un système ordonné tendant vers un objectif identifié”. Ce qui fait dire à raison que les Etats-Unis savent gagner les batailles mais sont impuissants à gagner les guerres autres que celles où les belligérants partagent le même paradigme d’affrontement de puissances mobilisées et ordonnées selon le mot de Napoléon.

Un mot personnel.

Quelques lectures autour de la stratégie (Pierre Fayard au premier chef, Guy Gweth ou Hampâté Bâ déjà cités, mais aussi Mintzberg ou d’autres plus anonymes) m’amènent à une réflexion encore imparfaite où la pensée occidentale serait guidée par le verbe « avoir » et celle d’extrême Orient par le verbe « être » ; quand l’un pense en termes d’espace et de patrimoine, l’autre pense en termes de temps et d’alliances. Le Héros Grec devient alors le pendant du Sage Chinois, l’un a une stratégie d’application quand l’autre a une stratégie d’implication.

La création de l’occasion.

Tout dans le pensée stratégique chinoise tend vers ce seul objectif de saisir l’occasion après avoir contribué à la créer. Plus qu’un objectif, un mode culturel. J’écris « contribuer à la créer » car il semble que d’imposer les circonstances (traits caractéristique de l’occident et des Etats-Unis) n’est pas un trait chinois ou l’aménagement de celles-ci – y compris celles offertes par l’adversaire – est un comportement dominant. Par exemple là où en occident une chose est « vraie » ou « fausse », un « oui » ou un « non » univoques, il semble qu’en Chine une « vérité » ne soit que relative aux circonstances et un “oui” ne devient pas “non”, il devient un “oui” différent ; pour ma part la leçon fut apprise au contact des propriétaires du Warwick Hôtel de Paris dont j’ai accompagné la création il y a fort longtemps.

Le pré-requis pour créer de l’occasion est d’être correctement informé, c’est ainsi que la pensée stratégique chinoise fait débuter la journée par la nuit et non le matin. La nuit est le monde des choses cachées qu’il faut découvrir avant d’agir ou même avant de penser à agir. Ce qui fait écho à l’idée qu’un général bien informé est plus dangereux qu’un général bien armé.

Créer l’occasion c’est aussi savoir combiner mobilité et agilité pour les transformer en une force invincible telle l’eau qui descend les montagnes et rempli les vallées. Créer l’occasion c’est encore aménager les circonstances pour les rendre favorables et “amener le dragon sur la plage pour donner la victoire aux crevettes”. Mais il n’y a pas de meilleure circonstance que celles où l’adversaire perd avant même d’avoir engagé le combat car souvent la victoire se gagne dans le cerveau de l’autre conquis avec le sourire du tigre. Sourire du tigre qui est aussi une merveilleuse illustration de l’économie de moyens !

Et, s’il le faut, le général qui devine la victoire à portée de mains saura tromper son seigneur pour mieux le servir et faire d’une île le radeau qui mènera son souverain à la victoire… malgré lui.

André A. Anglade  Surveillance Economique, Ethique & Réglementaire

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