Dieu est il soluble dans l’Open-Data ?

Chacun sait combien les chemins de fer furent importants pour l’essor industriel des XIXème et XXème siècles. C’est une banalité de le dire aujourd’hui tant la chose est évidente mais, à bien y regarder, ce fût un cataclysme pour « l’univers monde » installé depuis presque 3 siècles. Cette expression de Jacques Attali « Univers Monde » (« Une brève histoire de l’avenir» édition Fayard 2006) est l’état de ce début du XIXème dominé par une Europe continentale, latine et catholique dont la France est encore – mais déjà de moins en moins – le phare culturel et économique.

Cette économie justement dont le vecteur essentiel est alors la production agricole même si, de ci de là, émergent quelques activités pré-industrielles.

Comme un iceberg

Puis, en quelques décennies, le monde bascule comme un iceberg roule sur lui-même : c’est le même iceberg et pourtant rien n’est plus pareil, tout est différent. Notre Univers-Monde quitte l’Europe continentale et catholique pour devenir Anglo-Saxon (ne pas oublier la Saxe) et États-Uniens, il est protestant et son vecteur est un capitalisme naissant dont, à leur manière, Karl Marx et Herbert Spencer décriront la théorie brute (« Le Capital » pour l’un et le « Darwinisme social » pour l’autre).

Le propriétaire terrien cède le pas à l’industriel, le marchand à l’entrepreneur et l’épargne et la rente au capitalisme et aux dividendes. A noter que quelques uns des (rares) grands noms du capitalisme français actuel ou passé naitront à cette époque et grâce au développement du nouvel ordre mondial (Dupond de Nemours, Pavin de Lafarge, Bolloré, Wendel…) quand les autres ont depuis disparu.

Une communauté scientifique inquiète

De leur côté quelques scientifiques affirmeront très sérieusement que les chemins de fer sont dangereux pour l’homme qui ne saurait dépasser une certaine vitesse sans dommages. Bien sûr l’affirmation fait sourire aujourd’hui mais on peut aussi s’arrêter un instant pour y réfléchir. Le cheval vapeur était pour l’humanité la première fois qu’elle dépassait sa vitesse « naturelle » : Si l’homme peut courir (36Km/h record du monde au 100 m et à peine 50 Km/heure avec un cheval de course au galop) jamais il n’avait atteint et encore moins dépassé les vitesses atteignables pour une locomotive. C’était – objectivement – un grand saut dans l’inconnu. L’histoire et le TGV leur donneront tort mais leur inquiétude était légitime et, avec cette notion de « vitesse naturelle », se glisse l’idée d’un ordre des choses voulu par Dieu dont la transgression ne peut être sans conséquences.

En quoi cela concerne-t-il l’Open Data ?

Qu’elle soit Open, Big, Hard ou, Soft, la Data pose question et, déjà en 2012, donnait le vertige à Gabriel Siméon (@gabsimeon) dans les colonnes de Libération dont j’ai retrouvé l’article sur Internet. La masse de données produite quotidiennement est à la fois hallucinante et exponentielle. Elle est d’autant plus exponentielle (si je puis dire) qu’elle s’auto enrichi par la production automatique de datas que génèrent des algorithmes écrit pour interpréter des… datas.

Ce qui, en soit, ne pose pas de problèmes particuliers sinon un accroissement ( logarithmique peut-on espérer) de son impact écologique et si, comme Pierre Musso, vous estimez que « les TIC sont la cause de 2% des effets de serre et qu’aucune étude ne prouve qu’elles allègent l’empreinte écologique des autres activités »

Oui mais.

Oui mais en prenant de la hauteur, il me vient l’impression désagréable d’être un météorologue regardant les cartes satellites de 3 tempêtes, chacune devenant ouragan, et convergeant toutes vers le même point pour devenir le nouveau cataclysme qui renversera encore mon pauvre iceberg bi séculaire à peine stabilisé à force d’OMC et de COP21.

Quand la technologie numérique devient auto-décisionnelle, quand Alpha-Go, l’ordinateur Google joueur de Go, ruse et feinte pour tromper un maître de Go, quand un drone décide seul du caractère létal de son intervention – en se nourrissant probablement de datas (big, hard… open) ingurgitées durant le vol – quand l’homme devient augmenté (Luc Ferry « la révolution transhumaniste » chez Plon) je souhaite que ce pas de l’humanité vers l’Intelligence Artificielle ne soit pas le dernier comme semblent s’en inquiéter Bill Gates, Stephan Hopkins ou Elon Musk.

Elon Musk. (@elonmusk), profondément pessimiste, qui publie en 2015 : «Espérons que nous ne sommes pas seulement l’amorce biologique d’une superintelligence numérique. »

Alors, Dieu est-il soluble dans l’Open Data ?

Je l’ignore mais il semble qu’une Bible s’en soit inquiétée avant moi quand elle ordonnait : « Tu ne feras point de machine à l’esprit de l’Homme semblable » et j’espère que nous ne sommes aujourd’hui que de crédules Pythies convaincues à tort de la dangerosité de ces modernes chemins de fer…

Addendum

Alors que j’écrivais ces quelques lignes le 24, le lendemain paraissait sur le Blog du modérateur une infographie publiée par Rozenn Perrichot (@rozennperrichot) de ce qui se passe en « 60 secondes sur Internet ». Je vous laisse la découvrir…

André A. Anglade  Surveillance Economique, Ethique & Réglementaire

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