De pas grand chose à plus rien MAIS en passant par RSCG !

Un commentaire de « Tout ce qu’on ne m’a pas appris à l’école » par Alain Cayzac aux éditions « poche du moment ». Dans un essai paru en 2010, Alain Cayzac revisite 45 années professionnelles en quarante chapitres tous précédés d’une maxime qu’il éclaire d’expériences vécues.

Parmi les 30 chapitres absents de ce florilège, il en est un intitulé : « pense à tes maîtres ».

j’y ai trouvé une excuse pour plagier l’artifice dont use mon ami Pierre Fayard pour expliquer Sun Tzu*. Ainsi, pour chaque citation, vous trouverez un ou plusieurs dictons populaires avant une interprétation personnelle du texte d’Alain Caysac.

I – Prends la route qui monte, l’air y est plus frais

Quitter sa zone de confort, ne pas choisir le chemin de moindre pente. « Laboure ton champs en visant une étoile et ton sillon sera plus droit »

Commentaire:

C’est parce qu’elle a choisi, dès le début, de concurrencer les leaders Havas et Publicis que RSCG a réussi son pari.

En restant sur la route ardue, celle des difficultés à surmonter, en s’obligeant à l’action et à la vigilance permanente, les fondateurs ont réussi à créer un groupe dont ils peuvent être fiers, quand bien même ils finiront rachetés par leur «ennemi » pour éviter la liquidation.

Il me plait à penser que s’ils avaient de plus osé « sortir de la route » et tracer la leur – comme le fit Marcel Bleustein-Blanchet en son temps – peut-être auraient-ils réalisé l’exploit de racheter Havas et pourquoi pas devenir propriétaires de Canal+ !

II – Vois plus loin que le bout de ton nez

Prendre du champ, prendre du recul, sortir du cadre.

Commentaire:

Curieux de constater combien l’auteur qui nous exhorte à « voir plus loin que le bout de son nez » a une vision très égocentrique des évènements : S’arroger le succès des marques « distributeur » en négligeant le courage qu’il fallut à Denis Defforey (Président du groupe Carrefour à l’époque) pour la mettre en œuvre est pour le moins prétentieux.

Et quand l’auteur reconnaît à un client le bénéfice de l’originalité, en l’espèce à François Steeg (Président de Cafés Jacques Vabre), il s’empresse de préciser que ceci est exceptionnel « une fois n’est pas coutume » écrit-il !

Décidemment, rien ne changera les hommes de pub, même pas le temps qui passe ! Toutefois cela n’enlève rien à la justesse de cette maxime qui nous invite à sortir du cadre et des sentiers battus pour voir le monde autrement et ouvrir le chemin avant que d’autres ne le fassent à notre place.

IV – Va vers tes dissemblables, ce sont les plus fréquentables

Accepter l’autre et s’enrichir de ses différences, l’acte créatif est le fruit d’une confrontation de différences, les voyages forment la jeunesse.

Commentaire:

On sent poindre dans les lignes de ce chapitre des moments douloureux pour l’auteur et la raison cède devant l’émotion. Certes, on s’étonnera de voir l’auteur choisir ce qui a été unanimement vu comme un échec flagrant – y compris par lui – pour illustrer une chose si importante : c’est à nos dissemblables que l’on doit de comprendre le monde.

Mais Cayzac tire aussi les leçons de ces échecs en reconnaissant qu’au PSG comme à RSCG le manque d’échanges sincères et l’entre-soi auront été contre productif et « qu’il en est des affaires comme en tauromachie : il faut savoir changer de terrain pour maîtriser à nouveau l’arène ».

De même que « les voyages forment la jeunesse », je pense que nos dirigeants de PME devraient retrouver le chemin des aéroports et des salons étrangers non pas tant pour y parler d’eux que pour y écouter le monde qui change.

VIII – Quand tu chutes, pense au rebond.

On ne juge pas un homme à sa façon de tomber mais à sa façon de se redresser, tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, nous sommes riches de nos erreurs.

Commentaire:

« Avec Bernard Roux, on s’est retrouvé au café en se demandant ce qu’on allait faire… On n’a qu’à créer notre propre agence ».

Ironie du sort, ce sont les mots de Jacques Séguéla en mai 1969 – soudain chômeur – qui raconte comment s’est créée l’agence qui deviendra RSCG, deux ans avant que Jaques Cayzac ne les rejoigne en quittant Procter & Gamble. Comme quoi !

Concernant Alain Cayzac, il nous étonne une nouvelle fois par sa gestion des priorités : RSCG vient de passer à un cheveu de la liquidation et ses dirigeants d’une inscription Banque de France voire de la correctionnelle, Cayzac doit rapprocher RSCG et les 2 grosses agences du groupe Eurocom qui les a rachetés (14 000 personnes tout de même) et sa priorité, si on en juge par le texte proposé, est la taille des bureaux de tel ou tel collaborateurs. Etrange.

Pourtant il y a deux lignes qui excusent toutes les autres : « Toute carrière est jalonnée d’échecs, ils riment souvent avec des moments difficiles, certes, mais ils sont tous la rançon de la prise de risque. » et, oserai-je ajouter à titre personnel : I n’y a pas de plaisir plus grand que celui des risques pris, des difficultés surmontées et – quelquefois – des paris gagnés.

A peu près la différence entre une descente de bobsleigh et la pratique du golf miniature

X – Sois bref et tais-toi.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément. « Il sait assez celui que ne sait s’il sait se taire » (sagesse Gone) « Le point de départ de l’intelligence est la prise en considération des autres hommes»

Commentaire.

« Quels sont les faits et que recommandes-tu ? » est la leçon de Procter & Gamble que Cayzac a retenu de ses premières années. La méthode qu’il suggère, et l’explication qu’il en donne : se contraindre à résumer d’une page tout ce que vous avez à dire pour convaincre est un moyen sûr d’économiser le temps de vos interlocuteurs… et de finir par maitriser parfaitement votre sujet.

A cela il ajoute une autre règle : commencer par la conclusion (de la présentation du dossier pas de la réflexion qui le précède !) est aussi un bon moyen de gagner son auditoire.

J’ai tendance à oublier la première de ces deux règles pourtant ô combien justes. Le chapitre X s’impose et clôt le commentaire !

XIII – Milite pour ta chapelle.

Etre fier de ses origines. Rester fidèle à son camp et porter ses couleurs. Avoir l’esprit de corps, l’esprit d’équipe.

Commentaire:

Gustave Leven, extraordinaire patron propriétaire de Perrier, interdisait que soient remboursées les autres eaux que celles du groupe Perrier des notes de restaurant de ses commerciaux. Si je souscris sans réserve à l’attitude d’un Leven ou au comportement d’un Riboud, j’aimerais croire à la sincérité de Cayzac malheureusement professer un tel comportement – la corporate attitude – pour quelqu’un qui fit SIMULTANEMENT les campagnes présidentielles de 3 candidats frontalement opposés me laisse incrédule.

Bref, en un mot, je ne partage pas cet état d’esprit qui privilégie l’affichage au comportement. Je lui préfère celui du dirigeant qui sera à la fois « dedans » et « dehors ». – « dedans » pour défendre l’indispensable fidélité que l’on doit à l’entreprise dont chacun est une composante (dénigrer son entreprise est se dénigrer soi-même) – et « dehors » pour être capable de s’auto-évaluer, se remettre en question aussi souvent que possible, chercher toujours, tout le temps, à s’améliorer

XVII – Pour avoir du talent, travaille.

Toujours chercher à rendre le travail meilleur, améliorer, peaufiner sans cesse, si le talent en est le socle, les compétences apprises et l’expérience sont l’écrin du succès. « Qu’as-tu fait de ton talent? »

Commentaire

« Genius is 1% talent and 99% percent hard work… » nous dit Albert Einstein. C’est aussi ce sur quoi Guilhem Armanet insiste puissamment lors de ses interventions : les 3 secrets d’une présentation réussie c’est de la préparation, de la préparation et encore de la préparation.

Il n’y a rien à ajouter. Ah si, peut-être ! « Besogneux » signifie dans le besoin, pour exprimer sa pensée, Cayzac aurait mieux choisi « laborieux ».

XXXVII – N’abdique pas l’honneur d’être une cible.

Plus le singe monte à l’arbre, mieux on voit son derrière. « Gone, fais ce que tu fais et t’occupe pas du reste »

Commentaire:

Ces deux traductions semblent contradictoires : formulées par la sagesse populaire comme une invitation à être discret pour le premier et une exhortation au courage pour la seconde. En fait l’une est l’autre sont vraies et celle d’Alain Cayzac ne l’est pas moins.

Alors où est le problème ?

Le problème vient de ce qui ne devrait être qu’une possible conséquence devient progressivement un objectif, un marqueur : on n’est plus une cible pour ce que l’on a fait mais, réseaux sociaux aidant, on a seulement fait de devenir une cible.

Je partage sincèrement ce que je crois comprendre d’Alain Cayzac sur ce sujet : fais ce que tu as à faire, ne te préoccupe pas du « qu’en dira-t-on », assume tes actes, le courage de tes opinions et revendique les.

Le tout est d’être capable de gérer subtilement la frontière entre revendication et affrontement ou bien encore entre courage et fanfaronnade.

XXXVIII – Quand on te conseille de ralentir, fonce.

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. La chance sourit aux audacieux. « Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche.» (L’inoubliable « Un taxi pour Tobrouk » )

Commentaire:

Je n’en vois qu’un transposé des vers de Shakespeare : « Le meilleur de notre vie est tissé de l’étoffe de nos rêves »

XLIX – Ne gaspille pas ton talent, revendique-le.

J’aime cette maxime car, d’une certaine manière, elle est un peu la contraction des beaucoup de celles retenues par Cayzac.

Pour ne pas gaspiller son talent il faut commencer par se connaître soi-même, connaître ses forces et ses faiblesses, connaître ses atouts et ses démons. Il faut aussi avoir pris la mesure de sa force, à trop vouloir imposer ses talents on a tôt fait de devenir arrogant.

Avoir conscience de ses talents, de ses qualités, c’est la condition d’un socle solide pour poser l’apprentissage des compétences puis l’enrichir d’une expérience future.

Ne pas gaspiller son talent est aussi en faire don aux autres. S’interroger sur l’usage qu’on en fait, au service de quoi ou de qui le met-on.

Enfin, le revendiquer c’est ne pas faire preuve de fausse modestie, c’est avoir le courage de son action ou de sa réflexion, c’est accepter de donner l’exemple.

André A. Anglade  Surveillance Economique, Ethique & Réglementaire

*Fayard P. « Comprendre et appliquer Sun Tzu » chez Dunod.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *